Temps d’immersion en écologie intégrale à Sainte Lucie, Afrique du Sud

09/04/2026

Temps d’immersion en écologie intégrale à Sainte Lucie, Afrique du Sud

 

10 – 18 février 2026

Sainte‑Lucie, en Afrique du Sud, a ouvert nos cœurs à une profonde compréhension de la manière de vivre l’écologie intégrale. Ce lieu offre les conditions à un parcours de conversion écologique transformateur. A Sainte‑Lucie, une immersion profonde au cœur de la création nous a permis d’incarner notre interdépendance avec notre Créateur, nos proches et toute la création.

Pour commencer à enraciner notre présence, nous avons commencé notre première journée par un rituel en cercle au coucher du soleil, sur les rives de l’estuaire situé derrière le centre de retraite de Ste‑Lucie. Nos regards se sont légèrement posés sur l’écosystème de l’estuaire qui s’étendait jusqu’à l’horizon, accueillant l’obscurité avec sérénité.

Le lendemain, à l’aube, nous sommes partis en silence pour une marche dans la forêt. Chacun a vécu une expérience unique de ce que la nature nous offrait généreusement : l’air frais à respirer, la mélodie du chant des oiseaux, les insectes affairés comme à leur habitude, les racines et les lianes emmêlées et entrelacées, les arbres majestueux, les feuilles dansant au rythme orchestré par le vent, de petits animaux s’éveillant pour partir en quête de nourriture, et les traces de crottes d’hippopotames rappelant leur présence nocturne sur la terre ferme. Nous avons conclu notre marche par un dialogue en binôme, réfléchissant à notre expérience de communion avec la forêt. Plus tard dans la journée, nous avons rencontré de nombreux hippopotames rassemblés en groupes — plus de 800 immergés dans les eaux peu profondes de l’estuaire — alors que, à bord d’un bateau, nous flottions à la surface.

« Dieu est ici » se manifestait dans tout ce que nous vivions.

 

La promenade en bateau le long de l’estuaire nous a permis de découvrir plusieurs familles d’hippopotames, dont les yeux nous observaient attentivement et qui donnerait l'alerte dès que nous approcherions de leur territoire.

La visite à la Clinique de Médecine Naturelle du village de Khula, dirigée par un couple de médecins homéopathes, a montré l’impact des plantes médicinales cultivées localement. Les patients paient un petit montant de 10 Rands pour des conseils holistiques, incluant les remèdes proposés (en cas d’incapacité de paiement, ils en sont dispensé). Les patients, venus de près comme de loin, chantent la prière du matin avec enthousiasme et témoignent ainsi de la gratitude de leurs cœurs. Ils prient pour recevoir la guérison de l’esprit et du corps.

Nous avons pris connaissance d’un projet éducatif à domicile initié autrefois par les Ursulines, grâce à Sr Elisabeth Marie Ansart. La salle de classe, récemment ajoutée, est attenante à la maison familiale appartenant à un ancien du village, où les devoirs, les cours de soutien et des ateliers pour la vie quotidienne sont assurés par une petite équipe de femmes de la région — deux enseignantes et une assistante sociale. D'après les témoignages, les enfants ont vu leurs résultats scolaires s'améliorer dans leurs écoles respectives.

Quelle joie ce fut de chanter et d’interagir avec ces enfants, dont les yeux brillent intensément d’une joyeuse présence et d’une espérance en un avenir meilleur. Les enfants viennent de familles diverses, où l’alphabétisation est très faible voire inexistante, et où de nombreux parents sont absents parce qu’ils travaillent, laissant les grands mères s’occuper d’eux. Cet environnement bienveillant renforce considérablement leur estime de soi.

La visite du troisième jour à la clinique et au centre éducatif nous a offert une expérience concrète de l’écologie intégrale en action. Nous y avons goûté une véritable richesse culturelle qui se déploie dans une relation vivante avec les réalités écologiques, et où les habitants font face avec dignité dans un contexte économique difficile.

 

 

Une autre expérience d’enracinement fut la marche dans le labyrinthe, aménagé autour d’un flamboyant solide et profondément enraciné, et dont le tronc massif se dresse solidement au centre et dont les branches largement étendues forment une sorte de canopée, offrant une ombre suffisante pour nous tous. Le tracé du labyrinthe est conçu pour nous attirer au centre de notre être et de l’univers. Le mouvement allant de l’extérieur vers l’intérieur, du macro au micro, nous maintient dans un équilibre qui enveloppe toute chose en Dieu Créateur. Ce fut une expérience personnel, et pourtant vécue collectivement grâce au dessin du labyrinthe.

La visite de Cape Vidal et du parc humide d’iSimangaliso fut une expérience de grande joie. Une marche en périphérie du parc, guidée par Ashley Wormald, guide de préservation naturelle de Ste Lucie, a mis en lumière les merveilles naturelles de la biodiversité, unique à cette région. Il a également dressé un tableau clair de l’interaction entre les écosystèmes humains et ceux de la nature, ainsi que de la manière dont la zone a retrouvé sa beauté originelle après le retrait de l’industrie humaine (la sylviculture).

 

 

Le parc lui même est un véritable paradis, riche d’animaux sauvages. Zèbres, antilopes, phacochères, buffles et rhinocéros parsèment le paysage d’une beauté incomparable. De nombreuses espèces d’oiseaux exhibent avec fierté leurs plumes multicolores, nous laissant profondément admiratifs devant l’élégance de la nature.

Mission Rocks, non loin de la plage de Cape Vidal, offre des vagues océaniques hautes et déferlantes qui nous aspergent d’eau même à distance. Le bruit des vagues nous rappelle la puissance de Dieu, mais aussi la colère de la nature, capable d’enrouler et d’engloutir sans hésitation. Nager dans ces eaux serait un risque.

 

Toutes ces expériences nous ont fait vivre des moments de révélation.

Nous avons eu l’occasion de rencontrer deux jeunes hommes de la communauté locale du village de Khula. Nde et Fanele ont partagé avec nous des faits de leur réalité, notamment leurs difficultés actuelles : le chômage, comment trouver leur place à la lumière d’une réalité complexe, ainsi que le manque de possibilités en matière d’éducation. Mais ils ont aussi exprimé leurs joies, enracinées dans leur patrimoine culturel, par exemple dans la musique et l’art. Ils sont fiers de leur pays et de leur histoire.

Nous avons également eu la grâce d’écouter quatre jeunes femmes, toutes originaires des zones rurales du KwaZulu-Natal. Nonto et sa famille jouent un rôle essentiel au sein de la mission catholique; et en plus de son diplôme en développement communautaire, Nonto est pleinement formée à la spiritualité ignatienne et travaille au Centre de Retraite. Elle constitue aussi un lien indispensable pour les projets communautaires. Veronica et Pinky sont des enseignantes diplômées et animent les programmes de l’après‑midi sous la supervision de Pam. Vuyo est sur le point de terminer sa qualification d’assistante sociale et apporte de l’aide à la fois pour les devoirs et un encadrement social. Elles nous ont partagé à la fois leurs difficultés et leurs réussites, ne parvenant pas à s’intégrer au système en raison de la corruption, mais trouvant une nouvelle chance grâce à la formation continue et au projet chez Gogo Thandi ; ressentant le désespoir face aux défaillances du système éducatif et à la multitude de jeunes en détresse autour d’elles, à Dukuduku et dans le village de Khula ; et pourtant, mais déterminées à commencer quelque part et à faire bouger les choses avec amour et passion.

Nous avons également visité Mtubatuba, une ville dynamique et quelque peu chaotique où les habitants font leurs courses et leur commerce. Les rues fourmillent de charrettes et de brouettes, ainsi que de nombreux piétons ; des marchands ambulants vendent de tout, des herbes et racines médicinales aux porte-clés en plastique fabriqués en Chine… tout ce qu’il faut pour gagner leur vie. Un peu plus loin, la sucrerie était en cours de maintenance, prête à recommencer de produire des tonnes de sucre – principale industrie de cette région.

Toutes les expériences brièvement décrites ci-dessus ont servi de point de départ à une enquête conjointe à propos de l’écologie intégrale. Le processus en spirale ci-dessous illustre le cycle suivi. Nos deux animatrices, Jacqui Remond et Megan Seneque, ont conjointement conçu une pédagogie de l’écologie intégrale ainsi que la spirale d’apprentissage et d’enquête conjointe, en s’inspirant du processus d’enquête coopérative de Heron (1999). La Théorie U et le concept de l’iceberg nous ont rappelé le voyage intérieur qu’il faut entreprendre pour que la transformation puisse avoir lieu lorsque les intuitions invisibles deviennent visibles grâce à l’écoute profonde et au dialogue. Ce processus de conversion écologique a permis aux participants de reconnaître que nous formons tous une même famille et que nous faisons partie intégrante de l’écosystème.

 

    

 

Alastair, le dessinateur, a immortalisé ce parcours à travers l’art et nous a aidé à mettre en perspective la métaphore de l’hippopotame et de l’iceberg. A l’issue du programme, une sœur du Botswana a partagé: « Notre première impression, notre première compréhension, notre première connaissance se limite aux yeux et au nez – mais l’hippopotame recèle bien plus que cela. »

Le personnel du centre de retraite de Ste-Lucie, représenté par Pam et Rob, s’est mis en quatre pour s’assurer que l’expérience soit très enrichissante, en rendant le centre très accueillant et agréable.

Sr Agatha Linda, conseillère générale, a coordonné les aspects pratiques de la logistique du voyage et des communications pour le groupe de coordination et les participantes venues d’Afrique afin qu’elles puissent assister à la rencontre en personne. Nous lui sommes profondément reconnaissantes pour les efforts et le dévouement qu’elle a déployés afin de rendre possible cette expérience enrichissante.

Lors du rituel de clôture, nous nous sommes réunis pour réfléchir à notre expérience d’immersion à Ste Lucie, chaque participant a exprimé de manière créative où il en était. Nous avons partagé ce qui nous avait enrichis, nourris et inspirés. Nous sommes convaincus que le développement de nos pédagogies en matière d’écologie intégrale est essentiel pour façonner l’avenir de la vie sur Terre.

 

   


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Groupe de coordination pour l’Écologie Intégrale :
Anastasia Ratnawati osu, Mairead O’Regan osu, Teresia Muhuhu osu, Pam Paton-Mills, 
Agatha Linda Chandra osu, Rafael Bianchi, Jacqui Remond, Megan Seneque.