Rétrospective. Nouvelles des archives

11/04/2022

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Les peintures de la chapelle du Généralat

Par Emanuela Lauro Ph.D., Archiviste générale

Entre 1936 et 1937, le peintre romain Mario Antonio Barberis a décoré la chapelle du Généralat des Ursulines de l'Union Romaine à Rome, dédiée au Christ Roi. La peinture murale évolue autour de la célébration du sacrifice de Jésus-Christ et des saintes patronnes de l'Ordre, la légende de Sainte Ursule et l'histoire de la Congrégation depuis la fondatrice, Sainte Angèle Merici, jusqu'à la fondation de l'Union Romaine. Les archives conservent de nombreux documents qui témoignent de cette grande œuvre : correspondances, rapports de l'artiste, reçus de paiement, esquisses et dessins préparatoires de taille réelle. La chapelle a été transformée à partir de 1965, selon les prescriptions du Concile Vatican II. Les peintures décoratives ont pour la plupart été perdues, mais nous en avons la preuve avec de nombreuses photos contemporaines.

 

1. Projet pour le Calvaire 2. Projet pour les histoires des saints

 

Le projet commence à prendre forme dans les premiers jours de 1934. Le 7 janvier, Mère Marie Vianney Boschet envoie une lettre à la Prieure Générale, Marie de Saint Jean Martin, dans laquelle elle expose le programme iconographique qu'elle envisage et nomme pour la première fois l'artiste Mario Barberis (AGUUR, Ig 32/b, 1934, ff. n.n.). Dans une autre lettre, également datée de janvier 1934, Mère Boschet écrit à Jean De Lattre, prêtre jésuite qui avait déjà conseillé les Ursulines pendant la construction du Généralat, pour confirmer l'idée générale de la décoration : le Calvaire vers lequel devaient converger les deux histoires des saintes patronnes de l'Ordre (AGUUR, Gc, dossier 22, ff. n.n.).

3. Chapelle du Christ Roi,
vue de la nef

Mère Vianney Boschet elle-même, dans une lettre à la Prieure Générale, donne deux esquisses de son idée (fig. 1-2, AGUUR, Ig 32/b, 1934, ff. n.n.) : le Calvaire dans l'abside et les histoires des saintes sur les murs latéraux. Le programme décoratif prévoyait que toutes les surfaces de la chapelle soient peintes : les murs latéraux, la voûte, l'arc triomphal, l'abside et le renfoncement de l'abside.

Dans l'abside, la scène du Calvaire fut peinte : Le Christ, entre la Vierge Marie et Saint Jean l'Évangéliste, dirige leur regard vers le Père Éternel accompagné de l'Esprit Saint, qui se tenait dans la voûte de l’abside, acceptant son sacrifice. Dans l’arrière fond, le peintre a créé un vol d'anges lumineux qui convergeaient vers le centre de l'abside pour relier la scène terrestre du Calvaire avec la scène céleste du Père Éternel ; le symbole des quatre évangélistes se détachaient sur l'arc triomphal. (fig. 3, AGUUR, Gc, dossier 24).

4. Chapelle du Christ Roi,
vue du chœur
et de la contre-façade

Selon le peintre, le style néo-roman de la chapelle exigeait une décoration picturale qui adhérait à la disposition architecturale ; en fait, les choix décoratifs avaient non seulement une fonction ornementale mais aussi une fonction symbolique. Le thème choisi est celui de la "Vigne du Seigneur", avec sarments et vigne (Jn 15,5) ; sur les piliers des gerbes de blé avaient été peintes (Jn 12,24) qui, avec les symboles de la vigne et des grappes de raisin, représentent l'allégorie de l'Eucharistie. À la base des piliers se trouvait un candélabre : élément décoratif et symbolique signifiant la prière ardente et infinie. Les scènes du Chemin de Croix avaient été peintes sur la base de ces piliers : par-delà le récit de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ s'élève la prière rédemptrice et ardente, face aux symboles du blé et de la vigne que le fils de Dieu a choisis comme transsubstantiation du corps et du sang divins (fig. 3-4).

Au centre de la contre-façade, au-dessus du portail d’entrée, la basilique Saint-Pierre était peinte dans une campagne romaine idéale et, sur les côtés, deux paysages différents présentaient les processions des saintes : d'une part les rives du Rhin à Cologne, où sainte Ursule s'est offerte en holocauste, et d'autre part les rives du lac de Garde, où est née sainte Angèle Merici (fig. 4). Aujourd'hui, ces peintures murales n'existent plus. Cependant, les processions des saintes demeurent.

 

5. Sainte Ursule et ses compagnes 6. Virginité et Sacrifice 7. Lectio divina 8. Hymnes de louange

 

Sur le mur de gauche se trouve la procession des Vierges, disciples de sainte Ursule, représentées dans des attitudes variées : des jeunes filles s'agenouillent pour cueillir un lys, se rassemblent pour prier, pour invoquer la grâce céleste, pour chanter des chants de louange au Seigneur (fig. 5-8). Sur l'arc de la chapelle latérale, Sainte Ursule est représentée dans la gloire du Paradis, entourée d'une foule d'anges (fig. 9).

 

9. Sainte Ursule dans la gloire du Paradis 10. La vision de Sainte Angèle

 

Sur le mur de droite, sur l'arc correspondant à celui de la chapelle latérale, se trouve une scène dans laquelle la jeune Angèle Merici, agenouillée sur les rives du lac de Garde, fixe son regard sur la vision de l'escalier céleste parcouru par les anges (fig. 10). Le deuxième panneau montre trois aspects fondateurs de la grande famille méricienne : les vierges consacrées vivant dans le monde ; les Ursulines de France, strictement cloîtrées mais dédiées à l'éducation des jeunes filles ; les missionnaires. Les panneaux suivants représentent : l'expansion de l'Institut et son évolution jusqu'à la constitution de l'Union Romaine (1900), avec une place importante aux martyres au temps de la Terreur ; l'ouverture des missions en Chine, en Indonésie, en Thaïlande et en Alaska ; la fondation en Mandchourie et, plus récemment, celle pour les enfants expatriés de Russie (fig. 11-14).

 

11. Les fondatrices de l'Ordre, les vierges consacrées, Marie de l'Incarnation 12. Les martyres de la Révolution française, Le développement de l'éducation, La fondation de l'Union Romaine 13. Les missions en Asie 14. La mission en Mandchourie

 

Les quatre vitraux qui illuminent la chapelle ont été dessinés par Barberis, lui-même, et réalisés par l'artiste Giulio Cesare Giuliani. Les sujets représentés sont saint Pierre, saint Paul, saint Augustin et saint Charles Borromée, disposés sur des piédestaux et encadrés par une décoration géométrique et phytomorphique ; les mêmes motifs sont répétés dans les quatre autres espaces disposés de façon similaire, là où sont peintes les figures de saint Jean-Baptiste, saint Joseph, Paul V et Léon XIII (fig. 15-20).

 

15. Saint Augustin ; Saint Pierre 16. Saint Paul ; Saint Charles Borromée

 

17. Saint-Jean-Baptiste 18. Saint Joseph 19. Paul V 20. Léon XIII

 

La décoration de la chapelle est complétée par la lunette au-dessus du petit autel à droite de la sacristie, juste sous l'arc avec la scène de la Vision de Sainte Angèle. Le tableau représente la Vierge et l'Enfant entre Sainte Agnès et Sainte Catherine d'Alexandrie. L'esquisse de cette toile est conservée aux archives. (fig. 21-22). Deux autres esquisses sont conservées aux archives : le mur gauche de la nef et la voûte (fig. 23-24).

 

21. Vierge et Enfant entre Sainte Agnès et Sainte Catherine d'Alexandrie

 

22. Vierge et Enfant entre Sainte Agnès et Sainte Catherine d'Alexandrie, esquisse 23. Chapelle du Christ Roi, nef, mur de gauche, esquisse 24. Chapelle du Christ-Roi, nef, voûte, esquisse

 

Le 7 septembre 1937, Mario Barberis rangeait tous ses papiers et ses dessins ; il en laissa quelques-uns pour les archives, mais emporta le dessin de la Vierge du Calvaire, qu'il avait soigneusement découpée (AGUUR, Ge, dossier 3, ff. n.n.). Une curiosité : l'épouse bien-aimée du peintre, Maria, a posé comme modèle pour la Vierge. C'est grâce à la sagacité et au sens de la beauté des Ursulines que nous disposons, en plus des quatorze panneaux du Chemin de Croix (fig. 25), dont nous n'aurions autrement aucun souvenir si ce n'est par des photographies, de cinq cartons de peintures de la chapelle du Généralat. Les cinq œuvres graphiques de grand format représentent le Christ crucifié, saint Jean l'Évangéliste au pied de la croix, les Hymnes de louange (divisés en deux cartons) et sainte Ursule dans la Gloire du Paradis (fig. 26-30). Au cours du premier semestre 2019, le Généralat des Ursulines de l'Union Romaine a promu et financé la restauration des cinq dessins de Barberis.

 

25. Chemin de croix, dessins préparatoires

 

26. Christ crucifié, dessin préparatoire 27. Saint Jean l'Évangéliste, dessin préparatoire 28. Sainte Ursule dans la gloire du Paradis, dessin préparatoire 29. Hymnes de louange, dessin préparatoire 30. Hymnes de louange, dessin préparatoire

 

Conformément aux nouveaux principes de l'"art" et de la "liturgie" établis par le Concile Vatican II, la chapelle présente aujourd'hui une décoration très différente. Au cours du second semestre 1978, le Généralat a invité Sœur Emilie Tschöpe, osu, experte en art et artiste elle-même, à donner un opinion sur la rénovation de la chapelle. Le 12 octobre 1978, le Conseil Général décide des travaux à réaliser : les peintures murales "historiques" restent inchangées, et tout ce qui se trouve dans l'abside est enlevé, à l'exception du Crucifix et des figures de la Vierge et de Saint Jean. Les stations du Chemin de Croix sont remplacées par des bas-reliefs en cuivre, en harmonie avec le style de la chapelle (AGUUR, Eb, vol. 23, p. 86). Toute la décoration jugée superflue est remplacée par une douce nuance de brun, tant sur les murs et la voûte que dans la partie absidiale, en harmonie avec la tonalité générale de la chapelle tout en maintenant son caractère de luminosité et de légèreté. La solution vise à maintenir - et à consolider - l'attention portée sur l'image de la Crucifixion vers laquelle convergent les deux processions de saintes, ainsi qu'à focaliser cette même attention sur le nouveau tabernacle, placé dans le mur de l'abside, juste au pied de la Croix, conformément aux prescriptions du Concile Vatican II, notamment en matière de liturgie.

 

Le Crucifix et les figures de la Vierge et de Saint Jean, le nouveau tabernacle

 

Légendes

1.    M.V. BOSCHET, Projet pour le Calvaire, 1934.
2.    M.V. BOSCHET, Projet pour les histoires des saints, 1934.
3.    M.A. BARBERIS, Chapelle du Christ Roi, vue de la nef, 1936-37 [1978].
4.    M.A. BARBERIS, Chapelle du Christ Roi, vue du chœur et de la contre-façade, 1936-37 [1978].
5.    M.A. BARBERIS, Sainte Ursule et ses compagnes, 1936-37.
6.    M.A. BARBERIS, Virginité et Sacrifice, 1936-37.
7.    M.A. BARBERIS, Lectio divina, 1936-37.
8.    M.A. BARBERIS, Hymnes de louange, 1936-37.
9.    M.A. BARBERIS, Sainte Ursule dans la gloire du Paradis, 1936-37.
10.    M.A. BARBERIS, La vision de Sainte Angèle, 1936-37.
11.    M.A. BARBERIS, Les fondatrices de l'Ordre, les vierges consacrées, Marie de l'Incarnation, 1936-37.
12.    M.A. BARBERIS, Les martyres de la Révolution française, Le développement de l'éducation, La fondation de l'Union Romaine, 1936-37.
13.    M.A. BARBERIS, Les missions en Asie, 1936-37.
14.    M.A. BARBERIS, La mission en Mandchourie, 1936-37.
15.    M.A. BARBERIS and G.C. GIULIANI, Saint Augustin ; Saint Pierre, vitraux, 1937-38.
16.    M.A. BARBERIS and G.C. GIULIANI, Saint Paul ; Saint Charles Borromée, vitraux, 1937-38.
17.    M.A. BARBERIS, Saint-Jean-Baptiste, 1937.
18.    M.A. BARBERIS, Saint Joseph, 1937.
19.    M.A. BARBERIS, Paul V, 1937.
20.    M.A. BARBERIS, Léon XIII, 1937.
21.    M.A. BARBERIS, Vierge et Enfant entre Sainte Agnès et Sainte Catherine d'Alexandrie, 1937-38.
22.    M.A. BARBERIS, Vierge et Enfant entre Sainte Agnès et Sainte Catherine d'Alexandrie, esquisse, 1937.
23.    M.A. BARBERIS, Chapelle du Christ Roi, nef, mur de gauche, esquisse, 1936 [1934].
24.    M.A. BARBERIS, Chapelle du Christ-Roi, nef, voûte, esquisse, 1936 [1934].
25.    M.A. BARBERIS, Chemin de croix, dessins préparatoires, 1936-37.
26.    M.A. BARBERIS, Christ crucifié, dessin préparatoire, après restauration, 1936-37, part.
27.    M.A. BARBERIS, Saint Jean l'Évangéliste, dessin préparatoire, après restauration, 1936-37, part.
28.    M.A. BARBERIS, Sainte Ursule dans la gloire du Paradis, dessin préparatoire, après restauration, 1936-37, part.
29.    M.A. BARBERIS, Hymnes de louange, dessin préparatoire, après restauration, côté gauche, 1936-37.
30.    M.A. BARBERIS, Hymnes de louange, dessin préparatoire, après restauration, côté droit, 1936-37.